Un cadre monétaire commun
Le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine partagent une banque centrale, la BEAC, et une monnaie unique, le franc CFA d'Afrique centrale. Pour un investisseur, cela signifie un risque de change unique plutôt que six, et un cadre de politique monétaire lisible.
En avril 2026, le Comité de politique monétaire a maintenu ses taux directeurs inchangés, avec un taux des appels d'offres à 4,75 %. L'inflation reste contenue sous la norme communautaire de 3 %, et les réserves de change couvrent un peu plus de quatre mois d'importations.
Cette stabilité relative est le socle sur lequel un marché de capitaux peut se construire. Elle n'élimine pas le risque souverain, qui reste réel et différencié d'un État à l'autre.
Un régulateur unique
Depuis 2019, la COSUMAF est l'autorité unique de régulation du marché financier pour les six États de la CEMAC, née de la fusion des commissions nationales. Dans le même mouvement de réforme, la BVMAC a absorbé la Douala Stock Exchange et la BEAC a été désignée dépositaire central régional.
Concrètement : un seul agrément ouvre l'accès aux six marchés. Un émetteur camerounais peut lever auprès d'investisseurs gabonais ou congolais sous un régime prudentiel unique, sans empiler les autorisations nationales.
Purpose Capital exerce sous agrément COSUMAF en qualité de société de bourse, soumise aux ratios prudentiels, au contrôle des opérations et aux obligations de séparation des avoirs clients qui s'y attachent.
Le marché des titres publics
C'est aujourd'hui le compartiment le plus actif de la région. L'encours des titres publics a progressé de 16 % en 2024 pour atteindre environ 7 437 milliards de FCFA, soit près de 9,6 % du PIB de la CEMAC.
Les programmes prévisionnels des Trésors nationaux pour 2026 portent sur près de 3 907 milliards de FCFA, via bons du Trésor assimilables (BTA) et obligations du Trésor assimilables (OTA). Les rendements moyens observés en 2024 s'établissaient autour de 6,7 % sur les BTA et 8,7 % sur les OTA.
Pour un investisseur institutionnel régional, ce marché offre un couple rendement-risque rarement disponible ailleurs en zone franc. Il exige en contrepartie une diversification entre signatures souveraines : les niveaux d'endettement diffèrent sensiblement d'un État à l'autre.
Un marché actions naissant
Le compartiment actions de la BVMAC reste très étroit : six valeurs cotées et une capitalisation d'environ 478 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, dont un flottant de l'ordre de 70 milliards. Le compartiment obligataire, lui, représentait environ 1 305 milliards d'encours à la même date.
Deux évolutions récentes méritent attention. La première cotation de BGFI Holding Corporation, en mai 2026, portait sur une opération d'environ 126 milliards de FCFA — un ordre de grandeur susceptible de transformer la profondeur du marché. En parallèle, la BVMAC a lancé un programme d'accompagnement des entreprises vers la cote et affiche un objectif de 100 000 comptes-titres.
Nous ne présentons pas ce marché comme mature. Il est peu liquide, concentré sur la dette souveraine, et la culture boursière y reste à construire. C'est le travail.
Ressources et diversification
L'économie de la zone reste marquée par les hydrocarbures, mais la croissance récente vient d'ailleurs. La BEAC attribue la résilience de l'activité au secteur non pétrolier — agriculture vivrière et de rente, mines, industries manufacturières et services.
Les projections de la BEAC décrivent une consolidation à moyen terme, avec une croissance du PIB réel qui se renforcerait progressivement d'ici 2028. Les prévisions à court terme varient selon les millésimes : le Comité de politique monétaire d'avril 2026 retenait 2,9 % pour l'année, contre 3,3 % dans le rapport sur la politique monétaire.
Cette diversification est précisément ce qui crée un besoin de financement de marché : des entreprises non pétrolières, en croissance, qui ne peuvent pas toutes se financer par le crédit bancaire seul.
Une population qui se concentre
La zone CEMAC compte plus de cinquante-cinq millions d'habitants, et sa population urbaine croît nettement plus vite que sa population totale. Douala, Yaoundé, Libreville, Brazzaville et N'Djamena concentrent une part croissante de l'activité économique, de la consommation et de l'épargne formelle.
Cette concentration a une conséquence directe sur notre métier : elle crée de la demande de logement, d'infrastructure, de services financiers et d'énergie, et donc des besoins de financement de long terme que le crédit bancaire seul ne couvre pas.
Elle crée aussi le gisement d'épargne qui permettrait d'y répondre. Le rôle d'un marché de capitaux est précisément de relier les deux.
Le saut numérique
L'Afrique centrale a largement contourné l'étape de la banque de détail traditionnelle. Le paiement mobile y est devenu, pour une grande partie de la population, le premier instrument financier réellement utilisé.
Pour un marché de capitaux, l'enjeu est celui de l'accès. La BVMAC a fixé un objectif de cent mille comptes-titres à horizon fin 2026 et travaille à rapprocher la souscription des canaux numériques déjà adoptés. Un compte-titres ouvert depuis un téléphone change la nature du marché.
C'est la trajectoire que nous préparons : une intermédiation dont les processus de connaissance client, de passation d'ordre et de reporting sont pensés pour le numérique, sans rien céder sur les obligations réglementaires.
La finance verte et le bassin du Congo
Le bassin du Congo constitue le deuxième massif forestier tropical du monde et le premier puits de carbone forestier net de la planète. Cette réalité écologique est aussi un actif financier, encore très peu structuré.
Les instruments existent ailleurs : obligations vertes, obligations liées à la durabilité, financements adossés à des crédits carbone. Leur transposition à la zone CEMAC suppose un cadre de certification crédible, une gouvernance des recettes et des émetteurs prêts à en assumer les obligations de reporting.
Nous considérons ce compartiment comme structurellement porteur à moyen terme, et nous préférons le dire avec prudence : il reste aujourd'hui à construire.